Quand la parole devient une ressource : des espaces sûrs pour les femmes et les filles riveraines de la RN2

Quand la parole devient une ressource : des espaces sûrs pour les femmes et les filles riveraines de la RN2

Sur l’axe Butembo-Kimbulu, les femmes et les filles vivent avec des réalités qui peuvent peser lourdement sur leur quotidien : violences basées sur le genre (VBG), difficultés économiques, déplacements, veuvage ou encore tensions familiales. Pour certaines, les conséquences de ces expériences dépassent les blessures visibles. Elles affectent le sommeil, les relations, la confiance en soi et la manière de se projeter dans l’avenir.

Dans le cadre du Projet d’Appui à la Connectivité et au Transport (PACT), en charge des travaux de réaménagement et de bitumage de la route nationale numéro 2 (RN2), corridor Butembo-Kanyabayonga, des séances de thérapie de groupe sont organisées dans les zones de santé de Musienene et Katwa par l’organisation Femmes Engagées pour la Promotion de la Santé Intégrale (FEEPSI), avec l’appui de HEAL Africa. Ces sessions offrent aux femmes et aux filles un cadre où elles peuvent parler, écouter et trouver du soutien, sans être obligées de raconter ce qu’elles ne souhaitent pas partager.


Avant la parole, créer la confiance


Chaque séance commence par un accueil progressif et des exercices de relaxation et de respiration consciente. L’objectif est simple : permettre à chacune de prendre ses repères et de participer relativement à son propre rythme.

Plusieurs exercices servent ensuite de support aux échanges. Avec un simple fil tenu entre les participantes, les discussions font émerger des mots comme « union », « solidarité », « soutien » et « travailler main dans la main ». Le fil devient alors une image de ce que peut représenter un groupe lorsqu’il devient un lieu où l’on se sent moins seule.

Un ballon gonflé progressivement permet, lui, d’aborder la charge émotionnelle. Les participantes réfléchissent à ces douleurs que l’on garde parfois longtemps en soi : peur, tristesse, colère ou inquiétude. L’exercice permet d’insister sur l’importance de chercher du soutien avant que cette accumulation ne devienne trop lourde.

Quand la parole devient une ressource : des espaces sûrs pour les femmes et les filles riveraines de la RN2
Quand la parole devient une ressource : des espaces sûrs pour les femmes et les filles riveraines de la RN2


Ecouter, comprendre et orienter


A Musienene, 25 femmes ont participé aux séances des 11 et 12 août 2026. A Katwa, 29 participantes ont pris part à la séance du 20 août et 30 à celle du 21 août, parmi lesquelles neuf filles mineures chaque jour.

Les échanges ont porté notamment sur les violences sexuelles et psychologiques, les difficultés socio-économiques, les déplacements et certaines préoccupations liées à la situation des enfants. Les participantes ont également travaillé sur la reconnaissance des émotions, les pensées négatives, l’estime de soi et les ressources personnelles.

La dynamique du groupe a progressivement pris une place importante. Certaines participantes ont trouvé dans les paroles des autres un écho à leur propre vécu. D’autres ont simplement pu être écoutées. Des activités de musique, d’expression corporelle et de détente ont également contribué à créer une atmosphère plus ouverte.

Lorsque les besoins dépassaient le cadre collectif, une prise en charge individuelle était proposée. Au total, six participantes ont bénéficié d’un accompagnement psychosocial individuel après les séances, dont deux pour des situations de violence sexuelle et quatre pour des violences psychologiques. A Katwa, la collaboration avec un parajuriste a également permis d’orienter certaines préoccupations d’ordre juridique.


Retrouver des ressources autour de soi


A travers ces séances, les participantes ont compris qu’un espace sûr ne se résume pas à un lieu physique. Il se construit aussi dans la manière d’accueillir une parole, de respecter le silence de l’autre et de permettre à chacune de retrouver des ressources en elle-même et autour d’elle.

La poursuite des thérapies de groupe dans les espaces sûrs communautaires permettra de maintenir cet accompagnement, d’assurer le suivi des participantes qui en ont besoin et de renforcer les orientations vers les services psychosociaux, juridiques et de protection.

Dans le projet PACT, HEAL Africa a pour mission la mitigation des risques de survenue des violences basées sur le genre, l’exploitation, les abus et le harcèlement sexuels.