Célébration de la deuxième cérémonie de remise des cordes et diplômes aux capoeiristes
Lauréats arborant leurs diplômes et réajustant leurs cordes de gradation

Célébration de la deuxième cérémonie de remise des cordes et diplômes aux capoeiristes

Mardi 18 Août 2020, s’est tenue la cérémonie de remise des cordes et diplômes aux lauréats du programme Capoeira pour la Paix, mis en œuvre par HEAL Africa dans le cadre du projet de réponse aux violences basées sur le genre. Cette cérémonie riche en présentations culturelles africano-brésiliennes vient couronner le travail assidu de 90 jeunes, parmi lesquels 30 futurs formateurs et 60 finalistes dont 26 filles et 34 garçons, au bout de six mois de pratique de l’art et technologie sociale dénommée capoeira.

C’est dans l’optique de garantir la protection des enfants et leur bien-être que HEAL Africa, réputé comme centre d’excellence en matière de formations diverses, a bénéficié du soutien du Fonds Social de la République Démocratique du Congo pour une prise en charge intégrée des survivants des violences sexuelles et basées sur le genre. Dénommée Batizado e troca de corda (baptême et changement de corde), la cérémonie a connu la participation des officiels et partenaires de HEAL Africa. Représentant le maire de la ville à la cérémonie, l’ordonnateur délégué de la mairie de Goma a encouragé les lauréats à transmettre cet art aux autres jeunes de leurs communautés parce que, a-t-il affirmé, « aura perdu son temps cet apprenant qui garde pour lui tout seul son art » .


De l’Afrique au Brésil, ensuite un retour aux origines


Une parfaite combinaison d’éléments de danse, acrobaties et de la musique, la capoeira a suscité un sérieux questionnement quant à ses origines. Certains chercheurs en voient un élément exclusif de la richesse culturelle brésilienne, pendant que d’autres ont su prouver ses origines africaines ancrées dans les techniques de combat de l’ancien royaume Kongo, au 16e siècle. L’origine du mot capoeira est des rattachée au tupi ka’a (foret) paũ (rond), cette expression faisant référence aux zones de végétation de l’intérieur brésilien où se cacheraient des esclaves africains fugitifs.

Certaines autres sources attachent l’appellation Capoeira aux cages de volaille, car la majorité des pratiquants de cet art œuvraient dans l’élevage et le commerce de la volaille. Cependant, d’autres sources plus récentes démontrent que le mot Capoeira viendrait plutôt du mot KIPURA emprunté au Kikongo, un terme utilisé pour décrire les mouvements d’un coq durant un combat. Un deuxième sens de ce mot est le fait de flotter, voler d’un endroit à un autre lors d’un combat.

Pratique interdite pendant près de 4 siècles, son enseignement est autorisé pour la première fois dans une université brésilienne en 1937 par Mestre Bimba, le principal fondateur de la Capoeira régionale et contemporaine. La capoeira s’épanouit dans les années 1970 lorsque les maitres de cet art-martial commencent à entreprendre des voyages à travers le monde, amenant ainsi l’art à une échelle mondiale. La capoeira obtient un statut de protection spéciale en tant que patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO le 26 novembre 2014.

La capoeira est célèbre pour ses manœuvres acrobatiques et complexes, impliquant souvent les mains au sol et des coups de pied tordus. L’ultime forme de la technique repose grandement sur la Ginga (qui viendrait du mot Nzinga, encercler en kikongo), une sorte de pas à bascule qui permet de passer de manière très adroite d’une position à une autre.

Dans sa présentation séance tenante, Yannick N’SALAMBO de WOUTERS, consultant formateur principal de la capoeira à HEAL Africa, a éclairci la lanterne des participants sur ce point spécifique. « Un combat, visiblement inoffensif, représentant un dialogue corporel entre pratiquants, dissimulé dans des mouvements de Ginga et des acrobaties, développé par les esclaves provenant du Royaume Kongo déportés au brésil a donné naissance à ce qui nous revient aujourd’hui sous le nom de capoeira, a-t-il affirmé.


Par la capoeira, promouvoir la culture de la paix


En plus de son côté ludique, la pratique de la capoeira charrie toute une philosophie de transformation et de protection. Telle qu’appliquée à HEAL Africa, la capoeira constitue une technique d’encadrement des enfants ayant traversé des situations difficiles et traumatiques, une pratique dont l’issue est la réinsertion communautaire.

Initiateur de la Capoeira Sociale au Congo, Yannick N’SALAMBO de WOUTERS dépeint la capoeira comme « un outil salvateur pour la jeunesse congolaise » . Il soutient que la capoeira a un quotient social assez important pour transformer la façon de penser de toute une génération. « Lorsque je fais un coup à mon partenaire durant la pratique de la capoeira, c’est pour ne pas le toucher. Nous communiquons sans la moindre parole, nous nous comprenons, et nous nous sentons protégés parce que nous pouvons compter les uns sur les autres à l’intérieur de la roda », a déclaré Sarah, lauréate.

La roda est en fait la désignation en portugais du cercle où se déroulent les prestations de la capoeira. Pour les pratiquants elle constitue une famille, un bouclier de protection. Des coups s’y lancent, pas pour blesser mais pour protéger. « Dans l’ancien temps, comme ça l’est d’ailleurs jusqu’à nos jours dans plusieurs régions, l’Afrique traitait ses problèmes communautaires dans une ronde, autour d’un feu. C’est le même concept qui caractérise la capoeira, où la danse est un dialogue sans voix » , avance Yannick N’Salambo de Wouters.

La roda, ronde de la capoeira, a été ajoutée à la liste représentative de l’UNESCO du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. La convention a reconnu le cercle de la capoeira comme « un lieu où les connaissances et les compétences sont acquises par l’observation et l’imitation » . Elle reconnait à la roda un élément qui favorise l’intégration sociale et la mémoire de la résistance à l’oppression historique.

A HEAL Africa, Capoeira pour la Paix est un programme qui date d’environ 5 ans. 134 filles et 149 garçons y participent depuis son lancement en 2016, faisant ainsi un total de 283 pratiquants. La cérémonie de Batizado (baptême en français) permet aux bénéficiaires de la formation d’être à même d’organiser officiellement quelques cours de base en capoeira avec des jeunes de la communauté et, ainsi, les amener à embrasser la philosophie protectrice de cette technologie sociale de réinsertion communautaire. Ils formeront alors un réseau qui les positionnera comme leaders pour leurs pairs.


Bn Bienfait B. Tussi/CelCom HEAL Africa